Revalorisation des salaires des jeunes enseignants : au-delà d’une telle mesure, comment valoriser plus profondément ce métier ?

On ne peut que saluer le geste du Ministre de l’éducation nationale : à partir de la rentrée prochaine, les futurs professeurs des écoles et les certifiés toucheront jusqu’à 157 euros de plus chaque mois . Et jusqu’à 259 euros pour les agrégés. C’est bien.
Pourtant, cette mesure qui, bien évidemment, ne peut satisfaire les syndicats de maîtres,  n’est pas de nature à susciter une profonde motivation des enseignants pour ce magnifique métier qui est le leur.

Il me semble, en effet, que le problème fondamental de l'école tient au fait que ni les élèves, ni les enseignants, ne savent assez clairement ce qui se joue à l'école.
C'est même, très paradoxalement, l'enjeu le plus essentiel qui n'est pas perçu : celui du perfectionnement  des diverses aptitudes de la personne de l'élève, au travers des diverses activités scolaires :
- perfectionnement des aptitudes de l'intelligence (analyse, synthèse, déduction, induction, analogie, etc.) de celles de la mémoire, de l'imagination, etc.- avec comme conséquence concrète, un plus grand épanouissement humain de l'élève, un plus grand bonheur.

Alors comment faire saisir la portée effective de l'école ?
En commençant par la formation des enseignants.

Si l’on se réfère au cahier des charges de la formation des maîtres, il faudrait ajouter, aux dix compétences actuelles, une onzième qui prendrait la deuxième place dans la liste (rappelée et complétée ci-après) :

 1 - Agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable
1bis – Comprendre et faire comprendre aux élèves le sens fondamental de l’école comme moyen d’épanouissement personnel et de cheminement vers un authentique bonheur humain
2 – Maîtriser la langue française pour enseigner et communiquer
3 – Maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale
4 – Concevoir et mettre en œuvre son enseignement
5 – Organiser le travail de la classe
6 – Prendre en compte la diversité des élèves
7 – Evaluer les élèves
8 – Maîtriser les technologies de l’information et de la communication
9 – Travailler en équipe et coopérer avec les parents et les partenaires de l’école
10 – Se former et innover

Et voici comment les éléments de cette compétence pourraient se décliner :
1bis – Comprendre et faire comprendre aux élèves le sens fondamental de l’école comme moyen d’épanouissement personnel et de cheminement vers un authentique bonheur humain

 

Connaissances :

Le professeur connaît :

  • la structuration psychologique de la personne humaine et ses aspirations les plus élevées,
  • les processus qui sont mobilisés dans les diverses situations d’apprentissage
  • les aptitudes que l’élève mobilise spécifiquement dans chaque discipline scolaire (et, plus particulièrement, dans sa propre matière d’enseignement).

 Capacités :

Le professeur est capable :

  • de faire découvrir aux élèves la façon dont est organisée une personne humaine,
  • de les amener à identifier les facultés dont ils disposent et les stratégies qu’ils mettent en œuvre lorsqu’ils apprennent, en repérant notamment  les particularités de l’activité d’apprentissage dans la matière qu’il enseigne,
  • d’expliquer aux élèves comment la répétition de leurs efforts a pour conséquence essentielle de perfectionner leurs diverses aptitudes pour les conduire à plus d’épanouissement, à plus de bonheur.

 Attitudes :

  • Le professeur veille à ce que les élèves perçoivent, avec toutes les nuances nécessaires, la finalité profonde de leur activité au sein de l’école,
  • Il évite de recourir, dans sa démarche, à des schémas simplificateurs,
  • Il témoigne de son propre bonheur à contribuer, par son activité, à leur promotion humaine.

Quant aux niveaux de classe concernés par un travail spécifique en ce domaine, il serait judicieux de retenir : la classe de CE1, celle de 6ème et celle de seconde.

  • La classe de CE1 , parce que la phase d’apprentissage de lecture est  achevée et que la maturité psychologique et intellectuelle des élèves les dispose à entrer, de façon adaptée bien évidemment, dans une réflexion sur le sens des activités de l’école, en termes d’épanouissement personnel.
  • Celle de 6ème   , qui inaugure la scolarité du collège, parce que les élèves passent d’une organisation de leur vie scolaire - en CM2 - référée à un seul professeur, à une scolarité où une dizaine d’enseignants interviennent dans le cadre d’une palette assez large de domaines d’acquisition.
  • Et celle de seconde (générale, technologique et professionnelle),  parce que l’arrivée au lycée suppose de reconsidérer la scolarité en tenant compte du niveau de maturité de ces élèves et des perspectives particulières dans lesquelles ces derniers se placent (notamment quant au choix d’orientation relativement décisif pour le post-bac ou pour les spécialités choisies en enseignement professionnel).

Voilà l’état actuel de ma réflexion.

 

Reste maintenant à créer un groupe de travail qui creuserait plus profondément ce sillon.

Ce groupe pourrait être composé comme suit :

  • Un psychologue spécialisé en psychologie cognitive,
  • Un philosophe particulièrement expérimenté dans la pratique de l’enseignement au niveau du secondaire et capable de rendre compte du profit éthique que l’on peut tirer de l’activité scolaire,
  • Un inspecteur général de chaque discipline scolaire,
  • Une personne experte dans le domaine de la formation initiale des maîtres du premier et du second degré,
  • -      

 Il s’agit là d’une amorce de réflexion qui, à mon sens, ne peut être portée avec efficacité que par ce groupe d’experts.
Qu’il y ait ici ou là des réajustements à envisager au plan méthodologique ou au niveau de la formulation des orientations, je peux aisément le concevoir.
Ce qui importe, c’est la « visée » définie, la finalité recherchée.

A suivre donc…grâce probablement à vos remarques et contributions de tous ordres.

Merci.

 

Pierre BOULE